La République

Candidat(e) à l’élection présidentielle

Rappel du contexte de recrutement

Lors de la présidentielle de 2037, qui a vu la réélection de la championne du cracher de noyaux d’abricots Émeline Brugier, la participation a légèrement fléchi, en retrait de 1,2 % par rapport à 2032, où elle s’était élevée à 97,3 %. La plupart des observateurs mettent cette désaffection relative sur le compte de la nouvelle série-fleuve brésilienne Aperta et ses 934 épisodes mis en ligne d’un bloc, qui ont pu non seulement distraire quelques électeurs, mais créer des indisponibilités de bande passante pendant les 30 jours du scrutin. L’essentiel est cette revitalisation inespérée de la démocratie. Il est loin, le temps des polémiques, où des esprits chagrins pouvaient s’offenser que la République française bascule entièrement dans le vote en ligne, à la suite de nombreuses démocraties européennes. En 2027, le président élu à la majorité n’avait pu que constater sa faible légitimité, avec une occupation des ronds-points et des grandes places des métropoles la semaine suivant son élection, que la plupart eurent du mal à distinguer d’un énième sondage. Relever le nombre de parrainages à 2 500 signatures d’élus, cette suggestion du collectif Citoyens concernés, avait eu l’effet inverse de celui escompté. Après de vives accusations de « censure démocratique » portées par la plupart des partis, les seulement 3 candidats censés « rendre lisible et simplifier l’offre politique » faite aux Français avaient causé la plus faible participation jamais mesurée : à peine 35 % des inscrits. On aurait difficilement pu commettre un pire contresens. Le problème n’était pas un trop grand éparpillement des candidatures à droite, au centre ou à gauche, mais bien au contraire leur nombre dérisoire. Dans un pays aux 1 200 fromages, comment ne proposer qu’une poignée d’hommes ou de femmes pour accéder à la magistrature suprême ? Alors que chacun peut choisir sur son téléphone entre des centaines de néo-rappeurs coréens, des milliers d’afrobeats garage transgenres venus de chaque pays du continent noir, des dizaines d’adaptations de Chantons sous la pluie ou de Bienvenue chez les Ch’tis, avec les acteurs de son choix recréés numériquement dans les rôles principaux, alors que chacun peut commander en un clic entre 4 000 et 5 000 sortes de laitages, comment se résoudre, tous les 5 ans, à ce petit bouquet fané de candidats ? Rétrospectivement, la situation paraît absurde. Il était temps que la politique entre à son tour dans l’hyperchoix et le juste à temps. Quand Netflix Democratic Solutions (NDS) eut fait, en Allemagne et en Italie, la preuve de son savoir-faire, les dernières résistances du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel cédèrent. À la suite d’un appel d’offres que seul NDS pouvait raisonnablement remporter, le marché des élections législatives fusionnées à la présidentielle lui fut attribué entièrement, pour une durée de 10 ans, renouvelables une fois. Le nombre de candidatures possibles devint illimité. C’est ainsi que la participation monta en flèche à 98,5 % en 2032, soit un bond de plus de 60 points ! Le nombre officiel de candidats sur le réseau social dédié Demos atteignit alors 400 568, et Émeline Brugier fut élue à la présidence avec 4,9 % des suffrages, le lendemain de sa victoire éclatante au championnat de cracher de noyaux d’abricots. L’idée de génie de NDS avait été de faire durer le scrutin 30 jours entiers, 24 h sur 24. Tous les inscrits pouvaient voter en ligne, se voir enfin voter, effacer leur vote, revoter en fonction des résultats provisoires, jusqu’à la dernière semaine de consolidation des suffrages. Émeline Brugier a remporté son deuxième mandat, avec 4,2 % des voix, un score tout à fait honorable pour un nombre de candidatures homologuées de près de 1 million. Les 577 candidats arrivés après elle composent une Assemblée nationale diverse comme jamais, qui a élu en son sein un gouvernement paritaire. « L’aventure personnelle est équilibrée par le collectif des aventuriers », comme l’a formulé un constitutionnaliste. Avec la disparition des partis, la culture du compromis atteint des sommets. La France a enfin rejoint le concert des nations à démocratie numérique.

Description du poste

La République recherche un(e) leader audacieux/euse, autoritaire et doté(e) d’un talent inégalé pour le verbe tranchant et le pet bien placé. Vous serez chargé(e) de captiver les foules, de dominer les débats et de diviser pour mieux régner, dans le but ultime de conquérir le plus haut poste de la Nation. Si vous aimez les micros, les controverses et les foules en colère, ce poste est fait pour vous.

Missions principales

Écraser les débats télévisés : remporter chaque échange en hurlant plus fort que les autres. Points bonus pour des gestes théâtraux, des postillons et des regards menaçants. Avoir des couilles ou du clito : roter, éternuer, danser ou se moucher pour détourner l’attention en cas de question trop longue. Proposer des lois disruptives : nationaliser le pain au chocolat, instaurer une taxe sur les regards de travers, recoudre les prépuces ou encore déclarer la baguette patrimoine militaire. Offenser tout le monde : insulter chaque minorité au moins une fois pour garantir une parfaite égalité dans le mépris. Il est essentiel d’entretenir un haut niveau d’indignation. Adopter une posture internationale ferme : défier publiquement des leaders mondiaux lors de réunions importantes, avec des répliques telles que : « Octogone, octogone, octogone, même pas tu te bats ! » Attaquer tout journaliste, universitaire ou expert faisant un rappel aux faits pour harcèlement moral et atteinte à la liberté d’expression.

Profil idéal

Grand(e) amateur/trice de mégaphones : vous devez aimer hurler, pas seulement crier, en veillant à une parfaite hygiène dentaire. Maître(sse) de la gestuelle menaçante : poings serrés, sourcils froncés, mains qui claquent sur les pupitres. Une expérience en théâtre de rue serait un plus. Visionnaire : vous excellez à annoncer de grands projets, et votre imagination fait de vous un(e) conteur/euse hors pair, veillant à un parfait alignement de vos dents. Inflexibilité monumentale : toute suggestion contraire à vos idées doit être écrasée sous une avalanche de sarcasmes, de menaces et de hurlements. La pratique d’un art martial, réelle ou sur TikTok, est un atout. Ego intersidéral : vous devez croire sincèrement que vous êtes le centre de l’Univers. Pour cette compétence-clé, un détecteur de mensonges sera utilisé.  

Exigences

Préparer un discours d’insulte flamboyant de trois minutes contre un ennemi imaginaire (extraterrestres, chats errants, migrants, etc.). Porter un costume qui impose le respect, idéalement avec une cape et une canne en ivoire ou un tailleur lamé. Envoyer votre vidéo de candidature accompagnée d’un poème en alexandrins vantant votre propre grandeur. Prendre Dieu, vos parents et votre conjoint(e) à témoin de la sincérité de votre engagement au service du pays.