L'Univers observable

Porn stars cosmiques (H et F)

Citoyens de l’Univers observable, créatures des galaxies mourantes, habitants des planètes refroidies, nous vous écrivons au nom de toutes les solitudes gelées, de tous les vides qui s’agrandissent, de toutes les étoiles qui s’éteignent une à une comme des bougies sous la pluie.

Alors que la Terre étouffe aujourd’hui, l’Univers se mourra de froid demain. Les galaxies s’éloignent les unes des autres à une vitesse qui dépasse notre capacité à nous rejoindre. Dans 10 100 années, il ne restera que le noir, le froid, le silence absolu. Les derniers photons erreront seuls dans un néant sans témoin.

Pour remédier à cette nuit éternelle, nous recherchons un couple reproducteur capable de rallumer l’Univers par la seule force de son désir.

Description du poste

Vous serez chargés de copuler si fort, si bien, si longtemps, que vos corps entrelacés créeront une nouvelle source de chaleur primordiale. Votre accouplement devra être d’une intensité telle qu’il inversera l’entropie, redonnera de l’élan aux particules fatiguées, réchauffera les cœurs gelés de milliards d’êtres qui regardent le ciel en se demandant s’il y a encore quelque chose à espérer.

Vos dimensions seront impérativement cosmiques, et votre étreinte devra être visible depuis les confins de l’Univers observable, tels un nouveau Big Bang, une explosion de tendresse et de friction dans le vide intersidéral.

Vos missions principales

La Préparation (1 million d’années)

Vous commencerez par vous chercher, à travers les filaments galactiques, les vides cosmiques, les murailles de galaxies. Vous vous frôlerez d’abord par gravité interposée, perturbant mutuellement vos orbites. Les astronomes noteront des anomalies : « Deux masses colossales semblent converger, pour des raisons qui échappent à nos modèles. »

Vous apprendrez à vous reconnaître dans l’obscurité. L’un, masse sombre palpitante de désir contenu ; l’autre, nuage moléculaire vibrant d’une promesse d’effondrement. Vous vous enverrez des signaux : pulsars rythmés comme des battements de cœur, sursauts gamma en regards appuyés, ondes gravitationnelles qui murmurent : « Viens. »

 

Les Préliminaires (100 000 années)

Vos corps se rapprocheront. À 10 000 années-lumière l’un de l’autre, vous sentirez déjà vos champs magnétiques s’entrelacer. Vos lignes de force caresseront vos nuages d’hydrogène. Vous ferez vibrer vos filaments de matière noire.

À 1 000 années-lumière, vos atmosphères se toucheront. Des arcs électriques de plusieurs parsecs jailliront entre vos peaux gazeuses. Chaque décharge illuminera des secteurs entiers de l’Univers. Des civilisations avancées enverront des sondes pour étudier ce phénomène : « Une source d’énergie inexpliquée. Peut-être une nouvelle physique. »

À 100 années-lumière, vos chaleurs respectives créeront une zone de confort thermique où des planètes abandonnées recommenceront à dégeler. Des océans se remettront à couler. Des êtres qui avaient renoncé à vivre sentiront quelque chose remuer dans leur ventre.

 

L’Union (10 000 années de coït ininterrompu)

Le moment viendra. Vos masses se rapprocheront jusqu’à ce que vos horizons des événements se touchent. Ce sera le début de l’accouplement cosmique.

Vous, pénétrant : votre sexe sera un jet relativiste de particules, un faisceau de matière à 99,9 % de la vitesse de la lumière, perçant les nuages moléculaires de votre partenaire, s’enfonçant dans ses régions les plus denses, là où se forment les étoiles. Chaque poussée créera des ondes de choc qui comprimeront le gaz, déclenchant des milliers de naissances stellaires simultanées.

Vous, accueillante : votre vagin sera un puits gravitationnel si profond qu’il avalera des galaxies naines entières. Ses parois se contracteront en ondes spirales, créant des courants de convection qui réchaufferont tout votre être. Votre utérus sera une forge où des éléments lourds seront synthétisés, où de nouveaux atomes naîtront de la fusion de vos chairs célestes.

Vos tétons se dresseront, chacun grand comme une supergéante rouge, émettant un rayonnement qui fera fondre les glaces aux confins des systèmes planétaires.

Vos langues, longues traînées de plasma magnétisé, s’entrelaceront sur des distances qui donneront le vertige aux cartographes.

Vos dimensions

Votre clitoris : 300 années-lumière de diamètre, pulsant à une fréquence de 0,0001 Hz, émettant dans toutes les longueurs d’onde du spectre électromagnétique. Quand il sera stimulé correctement, il brillera plus fort que mille quasars.

Vos seins : deux amas globulaires gravitationnellement liés, contenant chacun un million d’étoiles qui s’allumeront et s’éteindront au rythme de l’excitation. Vos mamelons, nébuleuses planétaires en expansion, exhaleront des vents stellaires parfumés d’ions saturés.

Votre vagin : une cavité profonde de 50 000 années-lumière, aux parois tapissées de milliards de terminaisons nerveuses faites de cordes cosmiques vibrantes. Quand il se contractera, tout l’Univers local en sentira les échos gravitationnels.

Vos fesses : deux lobes de matière noire, visibles uniquement par leur effet gravitationnel, mais dont la courbe fera soupirer d’envie tous les astéroïdes du Système solaire. Quand elles trembleront au moment de l’orgasme, elles créeront des vagues dans la trame même de l’espace-temps.

Votre pénis : un jet consolidé de 100 000 années-lumière de long, aussi dur qu’une étoile à neutrons, vibrant à la fréquence d’un pulsar milliseconde.

Vos testicules : deux proto-amas galactiques, gonflés de matière en fusion, produisant en continu des milliards de semences cosmiques, chacun contenant assez d’énergie pour rallumer une naine brune.

Vos mains : capables d’empoigner des nébuleuses entières, de caresser des bras spiraux de galaxies, de pincer délicatement des amas ouverts d’étoiles jeunes. Vos doigts traceront des sillons lumineux là où vous vous toucherez.

Les spectateurs

Vous ne serez pas seuls. L’Univers entier vous regardera.

Les humains, depuis leur petite planète bleue, pointeront leurs télescopes dans votre direction. Ils verront votre étreinte comme une nouvelle constellation, un événement cosmique qu’ils ne comprendront qu’à moitié. Les poètes écriront des vers sur cette lumière nouvelle. Les scientifiques publieront des articles embarrassés.

Les enfants vous dessineront à l’école, sans pudeur et en toute innocence. Les vieux se souviendront de la nuit où le ciel s’est illuminé, et sentiront une chaleur oubliée leur monter au visage.

Les civilisations avancées de type II et III vous étudieront avec des instruments que nous ne pouvons concevoir. Elles débattront dans leurs Assemblées galactiques. Dans leur sagesse millénaire, elles sentiront quelque chose remuer. Leurs robots sexuels, conçus pour l’efficacité maximale, connaîtront un bug ; leurs algorithmes de reproduction optimale planteront.

Les trous noirs eux-mêmes, ces éternels affamés, ralentiront leur dévoration. Ils vous observeront, fascinés par ce spectacle de création plutôt que de destruction. Certains émettront un rayonnement de Hawking dans des fréquences qui ressembleront à des soupirs.

Des photons voyageurs, de ceux qui errent depuis des milliards d’années sans jamais rencontrer personne, changeront de trajectoire pour passer près de vous. Ils voudront être réchauffés, même une fraction de seconde, même de loin. Ils voudront pouvoir raconter à quelqu’un, quelque part : « J’étais là. J’ai vu l’amour. »

Ce que vous réchaufferez vraiment

Au-delà des calculs thermodynamiques, au-delà des équations d’Einstein et des lois de la physique, vous réchaufferez autre chose.

Les couples qui ne se parlent plus, regardant le ciel ensemble ce soir-là, sentiront la main de l’autre et n’auront pas envie de la lâcher.

Les solitaires, ceux qui se sont résignés à vivre seuls, à mourir seuls, regarderont votre étreinte céleste et penseront : « Peut-être qu’il n’est pas trop tard. »

Les vieillards dans leur lit d’hôpital, ceux qui n’ont plus la force de rien, verront cette lumière à travers leur fenêtre et se souviendront d’une nuit d’amour où ils ont cru mourir.

Les enfants à naître, flottant dans le ventre de leur mère, sentiront quelque chose dans le rythme du cœur qui les porte, un « oui » au monde, une envie prématurée de surgir.

Profils recherchés

- Vous devez croire, malgré les équations, malgré l’entropie, malgré la mort thermique annoncée, que le désir est plus fort que le vide

- Vous devez accepter que votre orgasme soit observé par des milliards d’êtres à travers tout l’Univers

- Vous devez être prêts à ce que votre étreinte devienne un mythe, une religion, une équation

Rémunération

Nous vous offrons :

  • L’immortalité : votre union sera gravée dans la structure même de l’Univers, dans chaque fluctuation quantique, dans chaque modèle cosmologique futur
  • La chaleur : vous ne mourrez jamais de froid, jamais de solitude
  • Le sens : votre coït aura été la chose la plus importante jamais arrivée depuis le Big Bang
  • L’amour de milliards d’êtres qui ne vous connaîtront jamais, mais qui se rapprocheront les uns des autres en vous regardant
  • Un orgasme si puissant qu’il créera de nouvelles lois de la physique

Conditions de travail

  • Durée du contrat : 10 000 ans de coït actif, renouvelable si l’Univers en redemande
  • Horaires : en continu, jour et nuit (même si à votre échelle ces concepts n’ont plus de sens)
  • Risques professionnels : fusion possible en trou noir conjugal ; addiction à l’orgasme cosmique

Comment postuler

Nous ne pouvons venir vous chercher. Vous devez sentir l’appel vous-mêmes. Si vous êtes assez grands, assez chauds, assez vivants pour répondre, commencez à vous diriger vers le centre de l’Univers.

En chemin, réchauffez ce que vous pouvez. Souriez aux planètes, saluez les étoiles, dites aux trous noirs qu’ils ne sont pas obligés d’avaler tout ce qui passe.

Et quand enfin vous vous trouverez, reconnaissez-vous, reconnaissez en l’autre la chaleur qui vous manquait depuis le début des temps.

Note finale

Nous voulons que deux corps immenses se soient trouvés dans le vide et aient décidé, contre toute probabilité, contre toute entropie, de se donner de la chaleur.

Nous voulons que cette chaleur ait été vue, sentie, qu’elle ait fait pleurer des êtres qui ne pleuraient plus depuis longtemps.

Nous voulons prouver que, même dans un Univers qui s’éteint, même dans un monde qui s’éloigne, même dans le froid qui gagne, il reste le désir de toucher quelqu’un, de le toucher si fort que l’Univers entier en tremble, si bien que la mort elle-même hésite, si longtemps que le temps oublie de passer.

Venez copuler et engendrer pour nous tous, pour les esseulés, pour les refroidis, pour ceux qui ont renoncé, pour ceux qui ne savent plus comment on fait, pour tous les corps célestes que l’expansion de l’Univers et le passage du temps éloignent.

Baisez si fort que nous nous souvenions que nous sommes tous unis.